Fatima a grandi entre le Maroc, le Sénégal, le Mali et l’Europe où elle a fait des études de langues et d’histoire des Civilisations orientales.
Arrière-petite-fille du dernier roi du Khasso au Mali et petite-fille du premier Marocain – Chérif de Marrakech – à avoir traversé le désert du Sahara en suivant la route côtière en 1875 et à s’établir à Saint-Louis du Sénégal.
Elle fait actuellement des recherches sur la civilisation arabo-africaine et sahélienne, et partage sa vie entre Europe et Afrique avec sa famille.
Une illustration parmi d'autres de l'auteur pour son premier livre
"Je conte à travers l'Afrique"
Euphorie Made in Afrique
S'il existe un continent en fête à ce jour, c'est bien le continent africain.
Mis à l’honneur et placé sous les projecteurs depuis quelques jours grâce au football et la coupe du monde. L'Afrique est "festive" disent les Centraux, ils n'ont pas tort ; un rien est prétexte... synonyme de joie, de festivités, palabres nombreuses et enflammées dans les "grains", ces pas de portes aménagés en coin discussion au Mali et à l'ouest en général, matchs commentés, rejoués, vécus et sifflés dans les cafés du Maghreb, chacun vit la coupe selon son méridien.
De Tanger à Cape Town, l'Afrique se sent concernée par le mondial, le continent "reçoit" et l'événement représente une fierté pour tout un chacun, longitude et latitude confondues.
Au Maroc, les chauffeurs de taxi sont désormais les programmes ambulants des matchs, horaires, équipes, lieux, rien ne leur échappe. Johannesbourg est Tanger, Tanger est Johbourg. Et la boucle est bouclée serais-je tentée de dire.
L'hôte vibre, respire au rythme du ballon rond et fait danser sur son sol les peuples du monde entier – une Babel reconstituée –.
Et le monde regarde, suit la balle des yeux, puis le regard s'attarde, découvre un pays, des gens, patchwork humain, couleurs mêlées sans distinction, sans différence... Enfin!!!
Finalement l'Afrique est agréable, elle délasse, c'est vrai qu'elle est festive avec son mode de vie...
N'en déplaise aux détracteurs, aux lassés de son image, de ses dires...
Elle est une, solidaire, unie derrière les siens – peu nombreux – il est vrai, à inventer des pas de danse acrobatique pour le plaisir de tous.
N'ayant jamais été "fan" de foot, j'avoue reconsidérer ma vision des choses.
Ce sport m'apparait soudain, à travers cette fièvre générale, comme un vaste mouvement rassembleur, positif. Hommes d'horizons différents, de culture opposée, poussés par un même élan – ludique – loin des paramètres qui divisent. Hélas, l'espace d'un instant. Tout de même, nous aimons cet instant.
Nous supportons!!!!
Nous apprécions même cet instrument assourdissant incontournable des stades sud-africains.
Bien sûr, ce serait peut-être pareil sur un autre continent. Je n'en suis pas sûre !!!
Alors Vive l'Afrique et Vive le football !
Fatima
16/06/10
Sur les traces du passé
Dans le cadre de recherches sur la traversée du désert, le commerce caravanier, le tracé des routes transsahariennes au 19ème siècle, du Maroc à l’Afrique noire occidentale, il s’est avéré nécessaire de faire le voyage par la route jusqu’aux confins du Sahara marocain qui s’étend très loin aux portes de la Mauritanie. Cette démarche pour m’imprégner d’une atmosphère, percevoir les échos du passé, me substituer au voyageur entamant une si longue route, comprendre les motivations et les nécessités, cela en ayant toujours présent à l’esprit le décalage des siècles et les changements intervenus à tous les niveaux-infrastructures, ainsi que de l’homme lui-même.
Le challenge fut très ardu. J’ai cherché dans l’histoire des villes des indices non pas dans les bibliothèques mais à travers le vivant, les mémoires des lieux et des choses. Seules, les rencontres humaines m’ont apporté quelques réponses et en prime certaines réflexions atemporelles sur les événements les plus actuels.
En route vers le sud, en partant de Marrakech sur les traces de la première caravane marocaine passant par la route côtière pour rejoindre le Sénégal en longeant la mer, j’ai emprunté un itinéraire identique. Mais le siècle est différent et le chemin dessiné. La route d’Essaouira Mogador, port marchand au passé illustre d’où étaient exportées les huiles denrées précieuses achetées à Marrakech à prix d’or par les commerçants français en 1852 au même titre que les sangsues et le liège, ne me laisse que l’image d’un décor suranné. La caravane n’a pu emprunter ce trajet pour redescendre plus au sud, la route est rallongée, le ravitaillement me semble impossible dans ce port. Le chemin se poursuit vers Agadir, l’autoroute est construite, les voitures se croisent. La végétation change, le paysage ciselé donne un sentiment d’aridité. La ville se découvre soudain au loin, vaste agglomération blanche prise entre mer et montagne. Excroissance gigantesque débordant sur les monts environnants, ville neuve, ville reconstruite, elle n’exhale aucun parfum du passé mais a l’âme de ce siècle. Pourtant, dans le périple d’Hannon, le carthaginois naviguant au-delà des colonnes d’Hercule pour y édifier des villes puniques, indique avoir fondé une cité du nom de Thymatérion, dominant une vaste plaine. Les historiens tendent à croire qu’il s’agit d’Agadir, mais le périple d’Hannon lui-même est-il authentique ? La question s’est posée.
Laissant derrière moi la cité punique, je continue ma quête de réponses.
À partir d’Agadir, l’environnement est différent. La piste fait place à de la rocaille ou à du sable çà et là. J’entre dans un autre univers. La chaleur est plus sèche malgré la proximité de la mer. Le lendemain, après plusieurs heures au bout d’une interminable route, comme un mirage, une ville s’ébauche, Tiznit. Enclose dans ses remparts ocres, brûlée par le soleil, elle marque une étape essentielle pour la caravane ; une halte nécessaire avant d’aborder des kilomètres de désert, de trouver une oasis.
Tiznit peuplée à l’origine de libyco Berbères ou nomades ancêtres des Sanhadja bâtisseurs de l’état Almoravides présents dans la région depuis des temps immémoriaux et d’Arabes du grand Sahara, devrait son nom d’après la légende à une pécheresse repentie, mais en vérité le Sultan Moulay Hassan 1er fut son créateur il y a un siècle.
De Tiznit vers le grand sud la porte du désert est Goulimine habité par des vrais Sahariens de la tribu des Téknas, chameliers enturbannés ou AL MOUTALATHIMINE ou encore porteurs de litham, le voile bleu des Nomades.
Décidée à poursuivre plus avant, je bifurque après Tiznit, et m’éloigne légèrement de la côte. Le sable est souverain. L’avancée difficile. Je suis entre Goulimine et le rivage ; entre mer et sable.
Des Rguibat, nomades chameliers font une halte à l’abri d’un troupeau de chameaux destinés à la vente. Ils remontent vers Tiznit et se reposent en buvant du « ZRIG » un mélange de lait caillé, sucre et eau dans une écuelle de bois.
Après des salutations d’usage, ils m’invitent à m’asseoir. Une conversation s’engage. J’explique que je suis la route d’une caravane passée par la côte il y a deux siècles. Ils parlent du temps de leurs ancêtres. Les caravanes partaient surtout vers l’est vers Rissani ou Sijilmassa riche port du désert duquel il faut marcher deux mois pour atteindre Tombouctou à travers une zone totalement inhabitée. Les caravaniers se déplaçaient en grand nombre pour parer à d’éventuelles attaques de brigands avides d’or ou de sel ramenés des mines de Téghaza vers Tombouctou. Aucun ne sait si la route côtière a déjà été suivie sur une longue distance. Le plus âgé de tous, au litham déteint sur son visage buriné se souvient d’avoir entendu dire que les caravanes côtières n’arrivaient jamais nulle part à cause du sol plus dur que le béton et du manque d’eau douce.
Ils cherchent à m’aider en m’expliquant leur filiation, se disent les descendants des Gara mantes, peuple déjà cité par Hérodote lors d’un passage dans son livre cinq sur la domestication du cheval au deuxième millénaire. Ils précisent qu’ils furent le seul peuple à savoir naviguer dans le désert vers le sud pour les échanges commerciaux ou la chasse aux animaux d’antan, éléphants, autruches.
Ils m’apprennent cependant que les gens de leurs tribus guidaient contre des biens, aux siècles passés les caravaniers voulant tenter la grande traversée de la mer de sable.
Avant de prendre congé, ils m’avouent être au courant de ce qui se passe dans le monde grâce à un petit transistor. Ces nomades semblant venir du fond des âges vivent avec cette invention moderne collée aux oreilles. Ils m’assurent être chanceux de pouvoir trouver refuge dans les sables loin, très loin des horreurs qu’ils entendent et de la civilisation qu’ils qualifient de malade. Et toi, où est ton refuge me demande l’un d’eux ?
En guise d’au revoir, ils me récitent un poème sur le désert qui dit à peu près ceci :
« Sérénité du lieu-rappel de l’ultime vérité-rencontre avec soi d’où jaillit l’étincelle du Sublime-Instant d’éternité-Apparences gommées, ne subsiste que l’Etre-Présence du Divin-Transcendance-Soumission-Renaissance… »
N’a-t-on pas dit que le désert était monothéiste... ?Fatima
3/04/10