Née en 1963 à Genève, a grandi dans le canton du Jura. Après un baccalauréat latin/grec, entre dans la vie active en travaillant auprès de personnes âgées. Puis, parallèlement à des études musicales, engagée pendant plusieurs années dans le travail humanitaire avec de longs séjours en Afrique.
Actuellement, vit en Suisse avec sa famille.
Vol de nuit, solaire
Un de ces matins clairs sans nuages de grand départ en vacances, nous filons sur l’autoroute suisse de Neuchâtel direction Lausanne, scrutant le ciel entre les hautes futaies et tunnels farceurs qui nous bouchent la vue trop souvent. Et soudain, le voilà, l’avion solaire Solar Impulse ! On ose à peine y croire, est-ce bien ça ? Suspendu dans les airs comme par magie, semblant embrasser le monde de ses ailes déployées, et fier de sa liberté. Nous avons juste le temps de le prendre en photo avant le dernier tunnel.
Projet suisse – www.solarimpulse.com – , dont l’objectif pionnier est de montrer qu’on peut s’affranchir des énergies polluantes et qui prépare un tour du monde en 2012-2013, initié par Bertrand Piccard, psychiatre et aéronaute suisse, Solar Impulse vient de voler 25 heures d’affilée au-dessus de la région du Jura, sans une seule goutte de carburant, jusqu’à 8500 mètres d’altitude et il va atterrir dans moins d’une heure sur l’aérodrome de Payerne (canton de Vaud), savourant encore un peu ces moments d’apesanteur, sous nos yeux remplis d’admiration. Quelques minutes en roulant toujours, et déjà notre route nous mène trop loin pour que nous puissions continuer à le contempler. Nous suivrons l’atterrissage à la radio suisse romande. Il nous reste la grandiose empreinte de cet avion, à l’envergure d’un Airbus et au poids d’une voiture…, réussissant ce jour-là la première étape de son pari : voler une nuit par l’énergie solaire, accumulée en vol depuis la veille. En cet instant, je suis infiniment touchée de ressentir à quel point la nature, pourtant martyrisée et épuisée, peut se montrer si généreuse encore sous les traits de cette immense libellule triomphante et silencieuse. C’est saisissant ! J’ai d’un coup la conscience aiguë de l’unité immédiate dans laquelle nous sommes, de fait, avec la nature. Avion solaire, propre. Icare a traversé les siècles pour nous rejoindre au point de rupture où nous nous trouvons en ce début de 21ème siècle. Une main tendue, porteuse de l’espoir de renouer le lien si abîmé que l’on a avec notre Terre et ses éléments. Avion, technologie par excellence, rendue à sa liberté, qui paraît si naturelle en ce matin clair. Et au-delà, c’est bien de notre liberté dont il est aussi question. Celle de choisir un avenir durable pour tous les hommes de la Terre.
Agriculture intensive, consommation échevelée, commerce inéquitable, pouvoir d’achat en berne, je ne comprends pas tout, mais toutes ces impasses ont forcément des liens entre elles. Il suffit de voir, quand ces liens sont rendus visibles, le plus souvent encore hors du champ politique, comme ils frappent les esprits et permettent alors d’imaginer et d’adhérer à d’autres voies, libérées enfin de la chape de plomb de l’impossible.
Sur la route de l’été, je reçois cinq sur cinq ce cadeau radieux de Frère Soleil.
Manuelle
11/07/10
Une petite joie
Je feuilletais tout à l’heure distraitement le journal hebdomadaire Coopération (no 17 du 27 avril 2010, lien www.cooperation-online.ch/image).
En pages 10-11, je m’arrête sur la fresque présentée et la légende : « Nous n’avons qu’une seule terre ; nous la représentons donc sur une seule image ». Une seconde légende m’informe que cette fresque a été réalisée par trois artistes et qu’elle illustre le développement durable vu par Coop, grand magasin de détail, ultra-connu en Suisse. Des poissons au label protégé, des fruits et légumes rares réhabilités, un champ de coton durable à l’autre bout du monde, des montagnes enneigées, tout cela côte à côte en petites touches, allusives, mais qui suffisent à dire la réalité de l’interrelation entre les différents facteurs du développement durable. Le tout visible d’un seul coup d’œil, peint dans un style qui rappelle celui de Chagall.
Même si le journal est publicitaire et l’intention très promotionnelle, je sens poindre une petite joie qui, aussitôt, me donne envie de prendre la plume, ou plutôt le clavier. C’est si rare d’avoir sous les yeux le reflet d’une vision globale ! Et comment l’avoir d’ailleurs – ou la voir ! – dans la foule d’informations que l’on reçoit de toutes parts, articles, émissions, analyses, quand les arguments des uns s’écrasent platement aux pieds du mur de ceux des autres, sans compter ce qui nous est volontairement caché. Comment ne pas perdre le Nord et son latin dans ce labyrinthe d’avis contraires, truffé de sens uniques et de circuits de pensées fermés ? Vision mosaïque, morcelée, fracturée. À y regarder de près, c’est pareil dans tous les domaines de la vie courante. Pourtant certaine médecine nous parle d’unicité, l’ADN nous confirme que nous sommes uniques, les textes sacrés, aussi, nous l’ont dit. Unique, donc accordé à une note personnelle.
Je n’ai pas lu l’article qui accompagnait la fresque. Un de plus pour expliquer ce que les yeux voient déjà. À quoi bon ? Ma petite joie risquait de se perdre au contour des mots, ou entre les lignes, ou encore de rester accrochée aux longues branches des phrases. Le voilà l’article, celui qui me vient au bout des doigts, qu’une simple image a suscité. Perméables, réceptifs, à ce qui se passe de mots, donner un mouvement et une expression à l’émotion. Il se trouvera toujours un petit élan prêt à bondir de nous, tapi en silence parce qu’on lui a bien fait comprendre qu’il devait suivre les flèches des chemins balisés. Et nos propres chemins buissonniers se languissent de nos visites enchantées, entre flâneries et émerveillements, entre impulsions chatoyantes et jubilation, attendant longtemps, longtemps, de musarder avec nous, au gré d’un dialogue intérieur fécond.
À moins qu’une petite joie ne pointe, posée sur ma main et que j’ai envie de souffler, comme un baiser.
Manuelle
27/04/10
Victoire ! Car comme le titre lematin.ch le 28.03.10,
« Les seniors draguent aussi sur internet ».
La jeunesse se trouve sûrement plus dans l’acquiescement, le silence, la lenteur, que dans le mouvement hyperactif qui nous entoure et ne se gêne pas de prendre en otage celui qui ne veille pas à s’en protéger. Refoulant loin de l’essentiel la formidable déferlante de la vie en marche qui cherche à se frayer un chemin en chacun.
Le moment venu, je veux être plus qu’un « senior ». Je veux exercer ma liberté d’arpenter la vie, et de tracer la portée sur laquelle, partie prenante, je placerai les notes de ma musique intérieure !
Maisons de retraite, hôpitaux, à domicile aussi, trésors en friche de solitude, parce que manque en nous la soif de faire de la place à leur parcours humain pétri par la vie, et que fait défaut une écoute ouverte pour les rassurer sur leur évidente richesse, à vivre ensemble.
C’est pourtant parmi eux que se concentre la vie, et nous, sociétés modernes, considérons ces témoins d’un autre temps comme les branches d’une forêt à élaguer. A garder en attente. Emmurés. Pardon, l’image est désagréable mais n’est-ce pas un peu vrai ?
Il ne s’agit pas de dénigrer la prise en charge des personnes âgées d’aujourd’hui, il y a beaucoup d’engagements individuels qui les entourent, ni d’idéaliser la perception de la vieillesse dans d’autres cultures, non, mais de s’ouvrir à l’autre dans son âge avancé, en traversant le territoire incertain de nos peurs qui, face à notre propre vieillissement, mettent leurs mains glacées sur nos yeux frileux.
Et si c’était plutôt un avancement, un épurement, une floraison, dont nous tiendrions tous – en nous – le germe et le fil conducteur ? Un état d’être au monde
Tant pis pour les règles de ponctuation, je n’ai pas envie de mettre de point après monde, parce que c’est là que commence le voyage, parce qu’on n’enferme pas une aventure humaine, pas plus qu’on ne brise un élan d’humanité.
Comment, nous générations actives d’aujourd’hui, aller vers l’autre sans passer par le face-à-face avec soi-même ? Comment aller vers soi-même sans tendre la main et le cœur à ce continent muet qu’est le grand âge ?
Un jour viendra
Ce serait si bien…
Avec ou sans rencontres sur le Net !
Manuelle
28/03/10